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Le
Chapouillet
Le
Chapouillet,
petit
affluent
discret
niché
dans
le
paysage
sauvage
de
la
Lozère,
offre
aux
pêcheurs
un
terrain
de
jeu
intime
et
riche
en
biodiversité.
Ruisseau
de
montagne
typique,
il
serpente
entre
prés,
bois
et
falaises
calcaires,
alternant
eaux
vives
et
zones
plus
calmes
et
se
grossit
de
petits
affluents
avant
Saint
Chély
d'Apcher.
Le
voyage
du
cours
d’eau
Le
Chapouillet
est
une
petite
rivière
discrète
et
sauvage
de
la
Lozère,
particulièrement
appréciée
pour
son
cadre
préservé.
Il
prend
sa
source
au
pied
du
Truc
de
l’Homme
sur
le
massif
de
l’Aubrac
et
s’écoule
sur
16,5km
avec
une
pente
moyenne
de
16,4‰
jusqu'à
sa
confluence
avec
la
Rimeize
en
amont
du
pont
de
basile.
Le
bassin
du
Chapouillet
est
composé
de
deux
principaux
affluents
:
le
Malagazagne
et
le
Chandaison.
C'est
un
affluent
de
la
Colagne,
elle-même
sous-affluent
du
Lot.
Sa
taille
modeste
masque
une
grande
variété
d’écosystèmes
aquatiques
:
chaque
secteur,
l’amont,
la
zone
intermédiaire
et
l’aval,
présente
des
caractéristiques
propres
qui
influencent
les
techniques
de
pêche
et
les
espèces
rencontrées.
L’amont
-
eaux
vives
et
truites
sauvages
En
amont,
le
Chapouillet
prend
naissance
dans
des
lapiaz
et
des
sources
fraîches,
l’eau
y
est
froide,
oxygénée
et
rapide.
Le
lit
est
souvent
caillouteux,
ponctué
de
vasques
et
de
petits
ressauts.
C’est
le
royaume
des
truites
fario
sauvages,
robustes
et
méfiantes.
Les
postes
idéaux
se
trouvent
derrière
les
blocs,
au
pied
des
veines
d’écoulement
et
dans
les
refuges
sous-racines.
En
matinée
et
en
fin
d’après-midi,
la
prise
de
belles
farios
est
fréquente
pour
qui
sait
rester
discret
et
soigner
la
présentation.
La
préservation
de
ces
frayères
est
essentielle
:
la
berge
intacte
et
l’ombrage
naturel
favorisent
les
embryons
et
la
survie
juvénile.
La
zone
intermédiaire
-
diversité
et
surprises
En
descendant,
le
ruisseau
s’élargit
légèrement
et
ralentit.
La
zone
intermédiaire
alterne
bras
courants
et
zones
lentes,
avec
des
herbiers
aquatiques
et
des
caches
sous
les
saules.
Ici
la
mosaïque
d’habitats
attire
une
faune
plus
variée
:
outre
la
truite,
on
rencontre
souvent
des
ombres
communs,
des
chabots
et
parfois
des
vairons.
C’est
un
secteur
propice
à
la
pêche
polyvalente
:
toc
léger,
vairon
manié,
petits
poissons
nageurs
ou
nymphes
plombées
selon
la
profondeur.
Les
bancs
de
poissons
attirent
les
pêcheurs
à
la
cuiller
ou
au
leurre
souple
en
fin
de
saison.
L’intermédiaire
est
aussi
le
lieu
idéal
pour
l’observation
:
libellules,
boutures
de
saules
et
peuplements
d’écrevisses
contribuent
à
un
milieu
vivant.
L’équilibre
entre
débit,
végétation
et
qualité
de
l’eau
fait
de
cette
zone
un
bon
indicateur
de
l’état
écologique
général
du
Chapouillet.
L’aval
-
eaux
plus
lentes
et
espèces
variées
En
aval,
le
Chapouillet
s’assagit,
gagne
en
largeur
et
en
profondeur
avant
de
rejoindre
une
rivière
plus
importante.
Le
cours
aval
du
Chapouillet
s'écoule
dans
la
ville
de
Saint-chély.
Après
la
traversée
de
l'A75,
l'activité
agricole
domine
jusqu'à
la
confluence
avec
la
Rimeize
et
le
cours
est
jalonné
de
nombreux
seuils.
Les
berges
se
font
plus
douces
et
les
fonds
sableux
ou
limoneux
accueillent
une
autre
palette
d’espèces.
Outre
la
truite,
l’anguille
(lorsqu’elle
remonte
les
cours
d’eau),
le
chevaine
et
le
barbeau
peuvent
apparaître,
ainsi
que
des
perches
dans
les
zones
les
plus
lentes.
Les
poissons
sont
souvent
plus
gros
mais
plus
dispersés
;
la
patience
et
l’exploration
des
postes
à
proximité
des
bois
morts
ou
des
radiers
sont
récompensées.
Ce
secteur
nécessite
une
attention
particulière
aux
variations
de
débit
liées
aux
pluies
ou
aux
lâchers
en
amont.
Poissons
emblématiques
présents
-
Truite
fario
:
symbole
des
eaux
claires
et
fraîches
du
Chapouillet,
elle
domine
l’amont
et
les
parties
courantes.
Précise
et
combative,
elle
est
prisée
des
moucheurs.
-
Ombre
commun
:
apprécie
les
eaux
profondes
et
oxygénées
de
certains
passages
intermédiaires
;
son
comportement
grégaire
surprend
souvent
les
pêcheurs.
-
Chevaine
:
fréquent
dans
l’aval
et
la
zone
intermédiaire,
énergique
à
la
surface,
il
répond
bien
aux
leurres.
-
Barbeau
:
présent
aux
postes
plus
profonds
et
proches
de
radiers,
il
demande
souvent
une
pêche
plus
robuste.
-
Écrevisse
et
petits
invertébrés
:
essentiels
à
la
chaîne
alimentaire,
ils
soutiennent
la
population
piscicole
et
servent
d’appâts
naturels
pour
certains
pêcheurs.
|
S
UIVEZ
LE GUIDE
|
Chapouillet
-
Techniques,
matériels
et
spot
L'amont
-
eaux
vives,
fond
caillouteux
Les
techniques
privilégiées
sont
la
pêche
au
toc
et
à
la
mouche
sèche
en
nymphes
ou
en
imitations
de
mouches
d’émergence.
-
Techniques
recommandées
:
pêche
à
la
mouche
(sèche,
noyée,
nymphe
au
fil),
pêche
au
toc
(petites
nymphes
ou
vers)
et
lancer
léger
près
des
veines
de
courant.
-
Matériel
conseillé
:
-
Canne
mouche
:
7–9
ft
(2,1–2,7
m)
action
légère
à
medium
pour
la
mouche
-
Moulinet/soie
:
soie
flottante
+
bas
de
ligne
gradué
(mouche)
-
Canne
toc
/
2,4–3
m
pour
le
toc.
-
Moulinet
léger
pour
toc.
-
Bas
de
ligne
:
tresses
fines
ou
fluorocarbone
0,12–0,20
mm.
-
Leurres
:
petites
mouches
(taille
14–20),
nymphes
plombées,
petites
cuillers
nº0–2.
-
Accessoires
:
cuissardes
-
waders
légers
-
émerillon
fin
-
pinces
-
gilet
compact.
La
zone
intermédiaire
-
mosaïque
courant/zone
lente
C’est
un
secteur
propice
à
la
pêche
polyvalente
:
toc
léger,
vairon
manié,
petits
poissons
nageurs
ou
nymphes
plombées
selon
la
profondeur.
Les
bancs
de
poissons
attirent
les
pêcheurs
à
la
cuiller
ou
au
leurre
souple
en
fin
de
saison.
Techniques
recommandées
:
nymphes
plombées,
toc
léger,
vairon
manié,
petits
poissons
nageurs,
pêche
au
poser
en
bordure.
Matériel
conseillé
:
-
Canne
:
2,4–3,3
m
polyvalente
(basse
à
medium)
ou
canne
casting
courte
pour
leurres.
-
Fils
:
fluorocarbone
0,14–0,22
mm
;
tresse
légère
si
besoin
pour
lancer.
-
Leurres
:
petits
crankbaits,
jigs
légers,
leurres
3–6
cm,
petites
cuillers.
-
Montage
:
empiles
nymphes,
bas
de
ligne
anti-emmêlement,
hameçons
taille
8–14.
-
Accessoires
:
baton
de
wadding,
épuisette
compacte.
L'aval
-
eaux
plus
lentes,
fonds
limoneux
La
pêche
au
posé,
aux
esches
naturelles
ou
aux
leurres
de
surface
peut
donner
de
belles
prises.
-
Techniques
recommandées
:
pêche
au
posé
(bouillette/asticot
pour
espèces
benthiques),
lancer-ramener
(leurres
de
surface/jerkbaits),
pêche
à
la
plombée
coulée
pour
barbeau/chevaine.
-
Matériel
conseillé
:
-
Canne
:
medium/heavy
2,7–3,6
m
pour
lancer
et
ferrage;
-
Canne
courte
2,1–2,4
m
pour
leurres
lourds.
-
Fils
:
fluorocarbone
0,18–0,30
mm
ou
tresse
10–20/100
selon
taille
ciblée.
-
Leurres
:
jerkbaits,
leurres
de
surface,
shads
6–10
cm,
cuillers
nº2–4.
-
Montages
:
plombs
coulés,
hameçons
solides
taille
4–10,
émerillons
robustes.
-
Accessoires
:
épuisette
plus
grande,
gilet
de
rangement,
lampe
(coup
du
soir).
|




|
JOUR
DE PECHE
|
|
Les
truites
du
Chapouillet
:
entre
silence
et
tapage
Le
Vent
de
Lozère
ne
caresse
pas,
il
gifle.
Ce
matin-là,
sur
les
rives
du
Chapouillet,
il
portait
une
odeur
de
mousse
humide
et
de
granit
froid.
Jean-Marc,
guide
de
pêche
depuis
trente
ans,
ajustait
ses
cuissardes
en
silence.
Pour
lui,
ce
ruisseau
n’était
pas
qu’un
cours
d’eau
;
c’était
un
sanctuaire,
une
veine
d’argent
pulsant
au
cœur
de
la
Margeride.
La
violence
des
contrastes.
Chloé,
envoyée
spéciale
pour
chaîne
d'infos,
vérifiait
son
micro-cravate
avec
une
nervosité
citadine.
Elle
portait
des
bottines
de
marque,
déjà
maculées
de
boue,
et
un
regard
qui
ne
cherchait
pas
le
poisson,
mais
l’audience.
«
On
est
d’accord,
Jean-Marc
?
Il
me
faut
du
lourd.
La
truite
trophée,
le
combat
épique,
le
"monstre
du
Chapouillet".
C’est
ça
qui
fait
vibrer
le
téléspectateur
sur
notre
chaîne
»,
lança-t-elle
en
faisant
signe
à
son
caméraman
de
cadrer
serré.
Jean-Marc
sentit
une
pointe
d’agacement
piquer
sa
poitrine.
«
Ici,
Chloé,
on
ne
cherche
pas
des
monstres.
On
cherche
la
discrétion.
La
ressource
est
fragile.
Si
je
vous
montre
le
"trou
de
la
roche"
et
que
demain
cinquante
pêcheurs
débarquent
avec
des
cuilers,
dans
huit
jours,
il
n’y
aura
plus
rien.
Le
choc
des
mondes
Ils
s’enfoncèrent
dans
le
bois
de
chênes
verts
et
de
genêts
qui
bordent
la
rivière,
là
où
le
sentier
s’efface
au
profit
des
ronces.
Jean-Marc
marchait
comme
un
chat,
évitant
de
faire
rouler
les
galets.
Chloé,
elle,
piétinait
les
herbes
hautes,
pestant
contre
les
taons.
«
Écoutez,
Jean-Marc,
je
comprends
votre
côté
"gardien
du
temple",
mais
on
fait
de
la
télé.
Votre
histoire
de
gestion
patrimoniale
et
de
reproduction
naturelle,
c'est...
c'est
noble,
mais
c'est
chiant
!
On
veut
de
l'adrénaline
!
»
Le
vallon
qu'on
tait
Elle
s’arrêta
net
devant
un
méandre
où
l’eau
formait
un
miroir
sombre.
«
C’est
là
?
C’est
ici
qu’elles
se
cachent
?
».
Le
guide
serra
les
dents.
Elle
pointait
du
doigt
son
"jardin",
un
poste
qu’il
ne
montrait
qu’aux
amis
de
longue
date,
ceux
qui
pratiquent
le
No-Kill
comme
une
religion.
Il
vit
une
forme
sombre
glisser
sous
une
racine.
Une
fario
de
plus
de
trente
centimètres,
une
reine
en
ces
eaux
acides.
«
Non,
c'est
plus
haut
»,
mentit-il
froidement.
La
trahison
de
l’image
La
tension
monta
d’un
cran
vers
midi.
Chloé,
agacée
par
l'absence
de
"spectaculaire",
commença
à
perdre
patience.
Elle
voulait
de
la
mise
en
scène.
Elle
demanda
à
Jean-Marc
de
simuler
une
prise,
de
sortir
un
poisson
pour
le
présenter
devant
la
caméra,
de
le
tenir
hors
de
l'eau
«
juste
le
temps
d'une
prise
de
vue
correcte
».
«
Sortir
une
truite
de
cette
eau
à
15
degrés
pour
l'exposer
sous
vos
projecteurs
?
Jamais.
Le
mucus
est
sa
protection,
l'air
est
son
ennemi.
«
C'est
une
émission
sur
la
pêche,
pas
un
séminaire
de
biologie
!
»
répliqua-t-elle.
«
Si
je
n'ai
pas
d'images
fortes,
mon
rédacteur
en
chef
va
sabrer
le
sujet.
On
est
là
pour
montrer
la
Lozère
sauvage,
pas
une
partie
de
cache-cache
!
»
Jean-Marc
s'arrêta.
Il
posa
sa
canne
contre
un
piquet
auquel
s'accrochent
les
barbelés
du
parc
à
moutons.
«
Le
sauvage,
Mademoiselle,
ça
se
mérite
par
le
silence.
Vous,
vous
voulez
le
transformer
en
produit
de
consommation.
Vous
parlez
de
"ressource",
je
parle
de
"vie".
Si
je
vous
donne
mes
coins
secrets,
je
les
condamne.
Le
compromis
impossible
Le
conflit
éclata
pour
de
bon
devant
la
cascade
de
la
Gourde.
Un
lieu
magnifique,
presque
irréel.
Le
caméraman,
excité,
avait
repéré
une
truite
magnifique
gobant
des
éphémères
en
plein
courant.
«
On
filme
!
»
hurla
Chloé.
«
Jean-Marc,
prenez
votre
canne,
faites-la
sauter
!
»
Le
guide
resta
immobile.
Il
regardait
la
journaliste,
ses
yeux
noirs
fixés
sur
le
maquillage
qui
coulait
légèrement.
Il
vit
en
elle
cette
frénésie
citadine,
ce
besoin
de
remplir
le
vide
par
du
bruit,
de
l'image,
du
clic.
«
Je
ne
pêcherai
pas
ici
»,
dit-il
d'une
voix
calme
mais
sans
appel.
«
C'est
un
scandale
!
On
a
fait
six
heures
de
route
!
Vous
êtes
payé
par
l'Office
de
Tourisme
pour
promouvoir
la
région,
non
?
»
«
Je
suis
payé
pour
protéger
ce
qui
fait
que
les
gens
ont
envie
de
venir.
Pas
pour
brader
les
bijoux
de
famille.
Si
vous
voulez
du
sensationnel,
allez
à
la
pisciculture
de
la
vallée
d'à
côté.
Là-bas,
elles
sautent
pour
des
granulés.
Ici,
elles
se
battent
pour
survivre.
»
L'épilogue
du
silence
Le
reportage
fut
finalement
tourné
sur
un
secteur
banal,
près
du
pont
de
la
route
départementale.
Jean-Marc
y
fit
quelques
lancers
sans
conviction,
capturant
une
truite
de
20
centimètres
qu'il
relâcha
avec
une
délicatesse
infinie,
sous
le
regard
méprisant
de
Chloé.
Le
soir,
alors
que
l'équipe
de
la
chaîne
d'infos
remballait
son
matériel
dans
le
4x4,
la
journaliste
s'approcha
du
guide.
«
Vous
avez
gagné,
Jean-Marc.
On
aura
un
sujet
médiocre.
Vous
aurez
vos
secrets.
Mais
ne
vous
plaignez
pas
si
le
tourisme
périclite
chez
vous.
»
Jean-Marc
regarda
le
soleil
disparaître
derrière
les
crêtes
de
granit.
«
Le
tourisme
qui
détruit
ce
qu’il
vient
admirer
n’est
pas
un
progrès,
Chloé.
C’est
un
pillage.
»
Il
resta
seul
sur
le
pont
alors
que
la
voiture
s'éloignait
dans
un
nuage
de
poussière.
Le
silence
revint,
lourd,
apaisant.
Il
entendit
le
clapotis
de
l'eau
contre
les
piles
du
pont.
Sous
la
surface,
bien
à
l'abri
des
regards
et
des
caméras,
la
vie
continuait,
sauvage
et
invisible.
Cette
journée
était
son
plus
beau
trophée
!
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