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Le Bès n'est pas qu'une simple rivière
; c'est l'âme liquide du plateau de l'Aubrac.
Prenant sa source à près de 1300 mètres d’altitude,
il serpente à travers les steppes granitiques de la Lozère
avant de rejoindre la Truyère.
le
caractère double de la rivière
Le caractère du Bès est double. Sur
les hauteurs, il adopte une morphologie de type "rivière
de plateau". Ici, le lit est tapissé de blocs granitiques,
de galets et de sables grossiers issus de l'érosion du vieux
massif hercynien. Sa pente est d'abord douce, créant de larges
méandres qui découpent les pâturages d'altitude.
Cependant, dès qu'il quitte le plateau, le Bès s'encaisse
brutalement dans des gorges sauvages, où le substrat devient
plus rocheux et chaotique, parsemé de profonds trous d'eau
et de cascades.
Débit et paysages
Le régime du Bès est de type nival-pluvial. Au printemps,
la fonte des neiges sur les sommets de l’Aubrac gonfle ses
eaux, leur donnant une puissance impressionnante.
En été, le débit s'assagit, laissant place
à une eau d'une clarté cristalline, bien que légèrement
ambrée par les tourbières environnantes.
Les paysages traversés sont d'une beauté austère
et envoûtante :
• Les Hauts Plateaux : Une sensation d'Écosse française,
où la rivière est le seul mouvement dans une immensité
de prairies à perte de vue.
• Les Gorges : Un contraste saisissant avec les plateaux,
où la végétation devient plus dense (hêtres,
noisetiers) et l'accès plus escarpé.
Un Sanctuaire pour la
Truite
Le Bès est classé en première catégorie
piscicole sur la quasi-totalité de son parcours. C’est
une rivière exigeante, mais incroyablement généreuse
pour qui sait la lire.
La zone à salmonidés
C’est le royaume absolu de la truite fario sauvage. La souche
locale est célèbre pour sa robe sombre, ponctuée
de points rouges vifs, parfaitement adaptée aux fonds granitiques.
• Reproduction naturelle : Elle est d'excellente qualité.
Les nombreux petits affluents et les zones de "chevelus"
en amont servent de zones de frayères idéales.
• Taille moyenne : Dans les secteurs de plateau, la croissance
est lente en raison de la fraîcheur de l'eau. Les captures
moyennes oscillent entre 20 et 25 cm, mais les spécimens
dépassant les 35 cm ne sont pas rares dans les fosses plus
profondes des gorges.
• L'Ombre Commun : Bien que plus discret que la truite, l'ombre
commun est présent sur certains secteurs médians,
apportant une diversité technique appréciée
des moucheurs.
La Zone de Transition
En descendant vers la confluence avec la Truyère, notamment
au niveau des retenues hydroélectriques (comme celle de Grandvals),
le profil change. Le courant ralentit et l'eau se réchauffe
légèrement.
• Carnassiers : On y retrouve le Brochet et la Perche, qui
remontent parfois sur les parties basses de la rivière.
• Poissons Blancs : Le vairon est omniprésent (pour
le plus grand bonheur des truites), tandis que le chevesne colonise
les secteurs les plus lents.
Les Secteurs Célèbres
1. Le Plateau de
Nasbinals : C'est le secteur le plus emblématique.
L'accès y est facile depuis la route. C'est ici que la pêche
à la mouche prend tout son sens, dans des décors de
films. Attention toutefois au vent, souvent très présent
sur ces étendues nues.
2. Le Pont de Marchastel : Un spot magnifique où
la rivière commence à prendre de l'ampleur. Idéal
pour une session de fin de journée.
Parcours Spécifiques et "No-Kill"
La Lozère est pionnière dans la gestion patrimoniale.
Plusieurs secteurs du Bès font l'objet d'une réglementation
"No-Kill" (Prendre et Relâcher). Ces zones permettent
de préserver des densités de poissons exceptionnelles
et de s'assurer que les gros géniteurs restent dans le système.
Conseil : Vérifiez toujours l'arrêté préfectoral
annuel, car les limites des parcours No-Kill peuvent évoluer
pour protéger les populations.
3. Les Gorges Sportives
Pour les pêcheurs en quête de solitude, les gorges du
Bès (en aval de Saint-Juéry) offrent une expérience
plus physique. L'accès nécessite souvent une marche
d'approche sur des sentiers escarpés. Ici, la pêche
se fait souvent "à remonter", de vasque en vasque,
dans un décor minéral où le temps semble s'être
arrêté.
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SUIVEZ LE GUIDE
Le Bès, avec ses gorges d’Aubrac et ses eaux vives,
offre un terrain de jeu complet pour le pêcheur à la
truite. Toutes les techniques fonctionnent — mais chacune
donne son meilleur selon le profil du secteur, la saison et l’état
de l’eau. Voici un guide pratique et inspiré pour optimiser
vos sessions sur cette rivière de caractère.
La Mouche — la reine
des grands plats
Sur les grands plats et les zones calmes, la pêche à
la mouche domine. La visibilité y est souvent excellente
et les éclosions peuvent être massives pendant le printemps
et le début de l’été : pensez mouches
sèches et émergentes pour tirer parti des poissons
sur surface. Adoptez une animation délicate et soignez vos
présentations : sur le Bès, la truite voit vite la
différence entre une imitation naturelle et une maladroite.
Le Leurres ultra-légers —
pour prospecter les courants
Dans les zones de courant, autour des radiers et des trous entre
rochers, le leurre ultra-léger est redoutable. Il permet
de couvrir rapidement le terrain et d’explorer les failles
où se tiennent les poissons. Utilisez cuillères n°0-1,
petits minnows 3–5 cm et leurres souples pour varier les vitesses
et les profondeurs. C’est la technique idéale pour
les pêcheurs actifs qui privilégient la mobilité.
La pêche au toc — printemps
et eaux gonflées
Le toc brille au printemps et après les pluies, quand le
Bès gonfle légèrement et que les truites se
rapprochent des bordures. C’est une pêche de précision
nécessitant odorat (esches naturelles) et placement. Le toc
permet de prospecter les zones où les autres techniques peinent,
notamment les bordures abritées et les fosses proches des
courants.
Tactique sur le terrain — la
discrétion d’abord
Sur le Bès, la clef est la discrétion : la rivière
est généralement ouverte, peu garnie en haute végétation,
donc un poisson que vous apercevez vous a souvent déjà
vu. Quelques règles simples :
- Remontez le courant : pêchez toujours vers l’amont
pour rester en aval des poissons.
- Camouflage naturel : servez-vous des blocs de granit et des rochers
pour vous cacher.
- Évitez votre ombre : surtout lors des journées ensoleillées
caractéristiques de l’Aubrac, ne projetez pas votre
silhouette sur l’eau.
Matériel conseillé
— par technique
Pour la mouche
- Canne
: 8’6 à 9’ (soie de 4 ou 5) pour polyvalence.
- Mouches : éphémères
(March Brown, Olive), sedges
en poils de chèvreuil pour courants, et nymphes
à bille tungstène pour les postes profonds.
Pour le leurre ultra-léger
-
Canne : 1,80–2,10 m, puissance 1–5 g ou 2–7
g.
- Leurres : cuillers
Mepps n°0–1 argentées ou à points rouges
; minnows 3–5 cm imitant truite ou vairon.
Pour le toc
-
Canne : 3,90 m (téléréglable ou avec fil
intérieur) pour garder la distance de sécurité.
- Esches : vers de terreau après la pluie, teignes ou nymphes
artificielles en eau claire.
Calendrier — quand viser quoi
??
La saison sur le Bès est courte en raison de l’altitude
; chaque période a ses opportunités :
- Mars–Avril : eaux froides et souvent hautes, toc
ou vairon
manié.
- Mai–Juin : période idéale, éclosions
massives, mouche
sèche et leurre.
- Juillet–Août : eaux basses et claires, pêche
en soirée à la mouche, parfois sauterelle.
- Septembre : regain d’activité avant la fermeture,
toutes techniques possibles, mais discrétion absolue.
Conseils pratiques déterminants
Anticipez les changements météo et adaptez votre choix
d’esche/leurre.
Variez animations et vitesses : une pause, un twitch, un passage
lent font souvent la différence.
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JOUR DE PECHE
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L’Or
Brun de l’Aubrac : Entre Soie Fine et Granit
Le plateau de l'Aubrac possède cette lumière de premier
matin du monde. C’est ici, entre les murets de pierres sèches
et le souffle des vaches aux yeux maquillés, que Fred traque
la fario.
Le petit mas de « la montagne » s’éveille
sous un azur sans couture. Dans le hall, Christophe Remise vérifie
son équipement avec la précision d’un horloger.
Le voilà qui quitte le petit village au volant d’une
icône : une vieille « 2deuche » qui roule encore.
Pare-brise rabattu sur le capot, (souvenir du rallye Paris-Pékin)
l’air vif du plateau fouette le visage de cet ancien commerçant
d’articles de pêche devenu désormais l'âme
de ces lieux. La Citroën cahote sur les routes sinueuses, serpentant
entre les pâturages où les narcisses commencent à
poindre. Pour Christophe, le Bès n'est pas qu'un cours d'eau
; c'est une mémoire liquide. « J’ai passé
mes étés d’enfant à Saint-Juéry,
sur l’autre rive », confie-t-il, l’œil brillant
derrière ses lunettes polarisantes.. elles sont exceptionnelles,
indispensable… c’est un peu demander à un aveugle
s’il veut voir ! sans elles il est presque impossible de voir
les truites postées sur le fond de la rivière. «
Cette rivière, c’est une merveille de salubrité.
Elle évite les hommes, fuit les villages, ne frôlant
que La Chaldette avant de se perdre dans le sauvage. » < La
Descente aux Enfers (du Pêcheur)
Arrivé au hameau d’Oyex, sur la commune d’Anterrieux,
la 2CV quitte l’asphalte pour un chemin pierreux. C’est
ici que le Bès se mérite. La descente est abrupte,
mais la récompense est au bout du sentier : une vallée
glaciaire où l’eau court sur un lit de granit.
Le Bès est une frontière. Il sépare le Cantal
de la Lozère, le bassin du Lot de celui de la Truyère.
Mais pour les moucheurs c’est surtout le sanctuaire de la
Salmo trutta fario du Massif Central. Une souche de truite aux flancs
constellés de points rouges, réputée pour être
l'une des plus capricieuses de l'Hexagone. L’Art de la Tromperie
Fred s'arrête en bordure de courant. Ici, pas question de
« piller ». La philosophie est celle du Catch &
Release, un respect sacré pour la ressource. Le geste technique
commence bien avant le premier lancer.
L’observation est la clé. Fred scrute les gobages,
analyse les éclosions de mai. Il sort une bobine de soie
naturelle, ce matériau noble qui offre une discrétion
et une glisse inégalées. Un geste ancestral : un peu
de graisse de phoque appliquée délicatement sur la
ligne pour assurer sa flottabilité parfaite. Sur sa boîte
à mouches, le choix est cornélien. Il sélectionne
un montage maison, une imitation de l’insecte du moment. Un
soupçon de laque sur les fibres pour durcir la collerette,
et le guide entre dans son élément.
Fred effectue un revers précis pour éviter les branches
de bouleaux.
La dérive doit être inerte, sans « dragage ».
Ce jour-là, les belles de l'Aubrac font honneur à
leur réputation. Elles sont très difficiles.
Christophe change trois fois de mouche. C’est finalement une
éphémère "Spéciale Bès"
en CDC qui trompe la vigilance d'une truite postée derrière
un bloc de granit.
L'attaque est franche, un éclair de cuivre sous la surface.
La canne plie, le moulinet chante un bref instant. Christophe travaille
le poisson avec la douceur d'un amant, avant de la glisser dans
le filet de l'épuisette. C’est une fario de souche,
nerveuse, dont la robe sombre se confond avec les profondeurs de
la rivière.
D’un geste sûr, il décroche l'hameçon
sans ardillon et rend la liberté à la reine du Bès.
Quelle belle journée !
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CARTE
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