Le
double caractèrede
la rivière
Le caractère
du Bès est double
:
1.
La rivière de
plateau
Sur les hauteurs,
il adopte une
morphologie
de type rivière
de plateau.
Ici, le lit
est tapissé
de :
-
Blocs granitiques
-
Galets
-
Sables grossiers
(issus de l'érosion
du vieux massif
hercynien)
Sa
pente est d'abord
douce, créant
de larges méandres
qui découpent
les pâturages
d'altitude.
2.
Les gorges sauvages
Cependant, dès
qu'il quitte
le plateau,
le Bès s'encaisse
brutalement
dans des gorges
sauvages. Le
substrat y devient
:
-
Plus rocheux
et chaotique
-
Parsemé de profonds
trous d'eau
-
Rempli de cascades
Débit
et paysages
Le régime du
Bès est de type
nival-pluvial.
Au printemps,
la fonte des
neiges sur les
sommets de l’Aubrac
gonfle ses eaux,
leur donnant
une puissance
impressionnante.
En été, le débit
s'assagit, laissant
place à une
eau d'une clarté
cristalline,
bien que légèrement
ambrée par les
tourbières environnantes.
Des
paysages d'une
beauté austère
-
Les Hauts Plateaux
: Une sensation
d'Écosse française,
où la rivière
est le seul
mouvement dans
une immensité
de prairies.
-
Les Gorges :
Un contraste
saisissant avec
les plateaux.
La végétation
devient plus
dense (hêtres,
noisetiers)
et l'accès plus
escarpé.
Un
Sanctuaire pour
la Truite
Le Bès est classé
en première
catégorie piscicole
sur la quasi-totalité
de son parcours.
C’est une rivière
exigeante, mais
incroyablement
généreuse pour
qui sait la
lire.
La
zone à
salmonidés
C’est
le royaume absolu
de la truite
fario sauvage.
La souche locale
est célèbre
pour sa robe
sombre, ponctuée
de points rouges
vifs, parfaitement
adaptée
aux fonds granitiques.
• Reproduction
naturelle :
Elle est d'excellente
qualité.
Les nombreux
petits affluents
et les zones
de "chevelus"
en amont servent
de zones de
frayères
idéales.
• Taille
moyenne : Dans
les secteurs
de plateau,
la croissance
est lente en
raison de la
fraîcheur
de l'eau. Les
captures moyennes
oscillent entre
20 et 25 cm,
mais les spécimens
dépassant
les 35 cm ne
sont pas rares
dans les fosses
plus profondes
des gorges.
• L'Ombre
Commun : Bien
que plus discret
que la truite,
l'ombre commun
est présent
sur certains
secteurs médians,
apportant une
diversité
technique appréciée
des moucheurs.
La
Zone de Transition
En descendant
vers la confluence
avec la Truyère,
notamment au
niveau des retenues
hydroélectriques
(comme celle
de Grandvals),
le profil change.
Le courant ralentit
et l'eau se
réchauffe
légèrement.
• Carnassiers
: On y retrouve
le Brochet et
la Perche, qui
remontent parfois
sur les parties
basses de la
rivière.
• Poissons
Blancs : Le
vairon est omniprésent
(pour le plus
grand bonheur
des truites),
tandis que le
chevesne colonise
les secteurs
les plus lents.
Les
Secteurs Célèbres
Le Plateau de
Nasbinals
C'est le secteur
le plus emblématique.
L'accès y est
facile depuis
la route. C'est
ici que la pêche
à la mouche
prend tout son
sens, dans des
décors de films.
Note : Attention
au vent, souvent
très présent
sur ces étendues
nues.
- Le Pont de
Marchastel
Un spot magnifique
où la rivière
commence à prendre
de l'ampleur.
Idéal pour une
session de fin
de journée.
- Les Gorges
Sportives
Pour les pêcheurs
en quête de
solitude, les
gorges du Bès
(en aval de
Saint-Juéry)
offrent une
expérience plus
physique. L'accès
nécessite une
marche d'approche
sur des sentiers
escarpés. La
pêche se fait
ici à remonter,
de vasque en
vasque.
Parcours
Spécifiques
et "No-Kill"
La Lozère est
pionnière dans
la gestion patrimoniale.
Plusieurs secteurs
du Bès font
l'objet d'une
réglementation
No-Kill (Prendre
et Relâcher).
Ces zones permettent
de préserver
des densités
de poissons
exceptionnelles.
SUIVEZ LE GUIDE
Le
Bès,
avec ses gorges
d’Aubrac
et ses eaux
vives, offre
un terrain de
jeu complet
pour le pêcheur
à la
truite. Toutes
les techniques
fonctionnent
— mais
chacune donne
son meilleur
selon le profil
du secteur,
la saison et
l’état
de l’eau.
Voici un guide
pratique et
inspiré
pour optimiser
vos sessions
sur cette rivière
de caractère.
La
Mouche —
la reine des
grands plats
Sur les grands
plats et les
zones calmes,
la pêche
à la
mouche domine.
La visibilité
y est souvent
excellente et
les éclosions
peuvent être
massives pendant
le printemps
et le début
de l’été
: pensez mouches
sèches
et émergentes
pour tirer parti
des poissons
sur surface.
Adoptez une
animation délicate
et soignez vos
présentations
: sur le Bès,
la truite voit
vite la différence
entre une imitation
naturelle et
une maladroite.
Le
Leurres ultra-légers
— pour
prospecter les
courants
Dans les zones
de courant,
autour des radiers
et des trous
entre rochers,
le leurre ultra-léger
est redoutable.
Il permet de
couvrir rapidement
le terrain et
d’explorer
les failles
où se
tiennent les
poissons. Utilisez
des cuillers
n°0-1, petits
minnows 3–5
cm et leurres
souples pour
varier les vitesses
et les profondeurs.
C’est
la technique
idéale
pour les pêcheurs
actifs qui privilégient
la mobilité.
La
pêche
au toc —
printemps et
eaux gonflées
Le toc brille
au printemps
et après
les pluies,
quand le Bès
gonfle légèrement
et que les truites
se rapprochent
des bordures.
C’est
une pêche
de précision
nécessitant
odorat (esches
naturelles)
et placement.
Le toc permet
de prospecter
les zones où
les autres techniques
peinent, notamment
les bordures
abritées
et les fosses
proches des
courants.
Tactique
sur le terrain
— la discrétion
d’abord
Sur le Bès,
la clef est
la discrétion
: la rivière
est généralement
ouverte, peu
garnie en haute
végétation,
donc un poisson
que vous apercevez
vous a souvent
déjà
vu.
Quelques règles
simples :
- Remontez le
courant : pêchez
toujours vers
l’amont
pour rester
en aval des
poissons.
- Camouflage
naturel : servez-vous
des blocs de
granit et des
rochers pour
vous cacher.
- Évitez
votre ombre
: surtout lors
des journées
ensoleillées
caractéristiques
de l’Aubrac,
ne projetez
pas votre silhouette
sur l’eau.
Matériel
conseillé
— par
technique
Pour
la mouche
- Canne
: 8’6
à 9’
(soie de 4 ou
5) pour polyvalence.
- Mouches :
éphémères
(March Brown,
Olive), sedges
en poils de
chèvreuil
pour courants,
et nymphes
à bille
tungstène
pour les postes
profonds.
Pour
le leurre ultra-léger
-
Canne :
1,80–2,10
m, puissance
1–5 g
ou 2–7
g.
- Leurres :
cuillers
Mepps n°0–1
argentées
ou à
points rouges
; minnows 3–5
cm imitant truite
ou vairon.
Pour
le toc
-
Canne :
3,90 m (téléréglable
ou avec fil
intérieur)
pour garder
la distance
de sécurité.
- Esches : vers
de terreau après
la pluie, teignes
ou nymphes artificielles
en eau claire.
Calendrier
— quand
viser quoi ??
La saison sur
le Bès
est courte en
raison de l’altitude
; chaque période
a ses opportunités
:
- Mars–Avril
: eaux froides
et souvent hautes,
toc
ou vairon
manié.
- Mai–Juin
: période
idéale,
éclosions
massives, mouche
sèche
et leurre.
- Juillet–Août
: eaux basses
et claires,
pêche
en soirée
à la
mouche, parfois
sauterelle.
- Septembre
: regain d’activité
avant la fermeture,
toutes techniques
possibles, mais
discrétion
absolue.
Conseils
pratiques déterminants
Anticipez les
changements
météo
et adaptez votre
choix d’esche/leurre.
Variez animations
et vitesses
: une pause,
un twitch, un
passage lent
font souvent
la différence.
JOUR
DE PECHE
L’Or
Brun de l’Aubrac : Entre Soie Fine et Granit
Le
plateau
de
l'Aubrac
possède
cette
lumière
de
premier
matin
du
monde.
C’est
ici,
entre
les
murets
de
pierres
sèches
et
le
souffle
des
vaches
aux
yeux
maquillés,
que
Fred
traque
la
fario.
Le
petit
mas
de
«
la
montagne
»
s’éveille
sous
un
azur
sans
couture.
Dans
le
hall,
Christophe
Remise
vérifie
son
équipement
avec
la
précision
d’un
horloger.
Le
voilà
qui
quitte
le
petit
village
au
volant
d’une
icône
:
une
vieille
«
2deuche
»
qui
roule
encore.
Pare-brise
rabattu
sur
le
capot,
(souvenir
du
rallye
Paris-Pékin)
l’air
vif
du
plateau
fouette
le
visage
de
cet
ancien
commerçant
d’articles
de
pêche
devenu
désormais
l'âme
de
ces
lieux.
La
Citroën
cahote
sur
les
routes
sinueuses,
serpentant
entre
les
pâturages
où
les
narcisses
commencent
à
poindre.
Pour
Christophe,
le
Bès
n'est
pas
qu'un
cours
d'eau
;
c'est
une
mémoire
liquide.
«
J’ai
passé
mes
étés
d’enfant
à
Saint-Juéry,
sur
l’autre
rive
»,
confie-t-il,
l’œil
brillant
derrière
ses
lunettes
polarisantes..
elles
sont
exceptionnelles,
indispensable…
c’est
un
peu
demander
à
un
aveugle
s’il
veut
voir
!
sans
elles
il
est
presque
impossible
de
voir
les
truites
postées
sur
le
fond
de
la
rivière.
«
Cette
rivière,
c’est
une
merveille
de
salubrité.
Elle
évite
les
hommes,
fuit
les
villages,
ne
frôlant
que
La
Chaldette
avant
de
se
perdre
dans
le
sauvage.
»
<
La
Descente
aux
Enfers
(du
Pêcheur)
Arrivé
au
hameau
d’Oyex,
sur
la
commune
d’Anterrieux,
la
2CV
quitte
l’asphalte
pour
un
chemin
pierreux.
C’est
ici
que
le
Bès
se
mérite.
La
descente
est
abrupte,
mais
la
récompense
est
au
bout
du
sentier
:
une
vallée
glaciaire
où
l’eau
court
sur
un
lit
de
granit.
Le
Bès
est
une
frontière.
Il
sépare
le
Cantal
de
la
Lozère,
le
bassin
du
Lot
de
celui
de
la
Truyère.
Mais
pour
les
moucheurs
c’est
surtout
le
sanctuaire
de
la
Salmo
trutta
fario
du
Massif
Central.
Une
souche
de
truite
aux
flancs
constellés
de
points
rouges,
réputée
pour
être
l'une
des
plus
capricieuses
de
l'Hexagone.
L’Art
de
la
Tromperie
Fred
s'arrête
en
bordure
de
courant.
Ici,
pas
question
de
«
piller
».
La
philosophie
est
celle
du
Catch
&
Release,
un
respect
sacré
pour
la
ressource.
Le
geste
technique
commence
bien
avant
le
premier
lancer.
L’observation
est
la
clé.
Fred
scrute
les
gobages,
analyse
les
éclosions
de
mai.
Il
sort
une
bobine
de
soie
naturelle,
ce
matériau
noble
qui
offre
une
discrétion
et
une
glisse
inégalées.
Un
geste
ancestral
:
un
peu
de
graisse
de
phoque
appliquée
délicatement
sur
la
ligne
pour
assurer
sa
flottabilité
parfaite.
Sur
sa
boîte
à
mouches,
le
choix
est
cornélien.
Il
sélectionne
un
montage
maison,
une
imitation
de
l’insecte
du
moment.
Un
soupçon
de
laque
sur
les
fibres
pour
durcir
la
collerette,
et
le
guide
entre
dans
son
élément.
Fred
effectue
un
revers
précis
pour
éviter
les
branches
de
bouleaux.
La
dérive
doit
être
inerte,
sans
«
dragage
».
Ce
jour-là,
les
belles
de
l'Aubrac
font
honneur
à
leur
réputation.
Elles
sont
très
difficiles.
Christophe
change
trois
fois
de
mouche.
C’est
finalement
une
éphémère
"Spéciale
Bès"
en
CDC
qui
trompe
la
vigilance
d'une
truite
postée
derrière
un
bloc
de
granit.
L'attaque
est
franche,
un
éclair
de
cuivre
sous
la
surface.
La
canne
plie,
le
moulinet
chante
un
bref
instant.
Christophe
travaille
le
poisson
avec
la
douceur
d'un
amant,
avant
de
la
glisser
dans
le
filet
de
l'épuisette.
C’est
une
fario
de
souche,
nerveuse,
dont
la
robe
sombre
se
confond
avec
les
profondeurs
de
la
rivière.
D’un
geste
sûr,
il
décroche
l'hameçon
sans
ardillon
et
rend
la
liberté
à
la
reine
du
Bès.
Quelle
belle
journée
!