Depuis le 1er janvier 2006 vous êtes sur le site de Daniel LAURENT rédacteur et auteur halieutique indépendant

les bons coins de pêche en lozère



Pêche d'exception entre granit et calcaire
La Jonte ne se contente pas d'être un simple trait d'union entre la Lozère et l'Aveyron ; elle est une artère vivante, une scupture géologique en mouvement qui offre aux passionnés de halieutique une expérience sensorielle unique. Prenant sa source dans les entrailles granitiques du Mont Aigoual, à près de 1 400 mètres d'altitude, elle débute sa course comme un torrent impétueux et froid.

En s'enfonçant progressivement entre les remparts vertigineux du Causse Noir et du Causse Méjean, elle change de visage pour devenir une rivière de gorges, alternant entre zones d'ombre et de lumière. Ce guide a pour vocation de vous accompagner dans la lecture de ses eaux, afin d'optimiser vos sessions tout en honorant la fragilité de cet écosystème remarquable.

1) Lecture du milieu : Une dualité géologique
La force de la Jonte réside dans sa transition minérale. En amont, le substrat granitique confère à l'eau une certaine acidité et une vivacité propre aux torrents de montagne. En descendant vers les gorges, le calcaire prend le relais, enrichissant l'eau en minéraux et favorisant une biodiversité aquatique foisonnante.

Morphologie du lit : Le cours d'eau est une succession de radiers (zones peu profondes à courant rapide), de profonds gourgs (trous) et de chaos de blocs. Ces structures créent une multitude de "postes" : les contre-courants derrière les rochers, les sous-berges et les veines d'eau oxygénées.

Régime hydrologique : Rivière typiquement cévenole, la Jonte est soumise à des variations brutales. Si elle peut paraître indolente et cristalline en plein mois d'août, elle peut se transformer en un monstre impétueux lors des épisodes méditerranéens. Une surveillance accrue des débits et de la météo est impérative : une montée des eaux peut être aussi soudaine que dangereuse dans l'encaissement des gorges.

2) La faune aquatique : Des partenaires de jeu exigeants
La faune piscicole de la Jonte est le reflet de la pureté de ses eaux. Chaque espèce y a développé un comportement spécifique lié au relief.

La Truite fario sauvage : La reine des lieux
Ici, la "Fario" est chez elle. Issue d'une reproduction naturelle vigoureuse grâce à des zones de graviers propres, elle arbore une robe ponctuée de rouge et de noir, parfaite pour le camouflage.
Comportement : D'une méfianc²e légendaire, elle exige une approche de sioux.
Dimensions : La taille moyenne oscille entre 20 et 28 cm, mais ne vous y trompez pas : les fosses les plus sombres abritent des spécimens dépassant les 40 cm, de véritables fantômes qui ne sortent que lors des coups du soir ou des crues.

L'Ombre commun : L'élégance des courants
Plus présent sur les secteurs avals de Meyrueis, l'Ombre commun se reconnaît à sa magnifique nageoire dorsale irisée. C'est un partenaire de jeu fantastique pour le moucheur, capable de monter sur une mouche sèche avec une rapidité déconcertante, même par eaux basses.
Les Espèces Secondaires

Poissons blancs : Vers la confluence avec le Tarn, au niveau du Rozier, le chevesne (souvent posté sous les arbres) et le goujon (sur les fonds sablonneux) apportent une diversité bienvenue pour les pêches de loisir.

Carnassiers : Bien que la fraîcheur de l'eau limite leur présence, quelques brochets ou perches opportunistes peuvent remonter du Tarn. Ils restent cependant anecdotiques dans le cœur des gorges.

3) Calendrier et stratégies : Quand lancer sa ligne
Le succès sur la Jonte dépend moins de la chance que de l'adaptation aux cycles saisonniers.

Le Printemps (Avril à Juin).
L'éveil. C'est la période royale. Les débits sont soutenus, l'eau est fraîche mais les éclosions d'insectes commencent à s'intensifier. Les truites, sortant de leur léthargie hivernale et de la période de fraie, cherchent à s'alimenter activement. La pêche au toc ou aux leurres est alors très efficace.

L'Été (Juillet à Août).
La finesse. L'eau devient d'une limpidité absolue, ce qui rend les poissons extrêmement nerveux. La pêche à la mouche sèche devient la technique reine. Il faut privilégier les "coups du matin" dès l'aube ou les "coups du soir" quand les sédulés (insectes) tombent sur l'eau. Discrétion absolue et bas de ligne fins sont de rigueur.

L'Automne (Septembre).
Le baroud d'Honneur. Avant la fermeture, les premières pluies rafraîchissent le milieu. Les gros spécimens redeviennent actifs pour constituer des réserves avant l'hiver. C'est souvent le moment de tenter des mouches plus grosses ou des leurres incitatifs.

L'Hiver.
Le Temps du repos. Bien que certains secteurs puissent être ouverts selon la réglementation, l'activité est minimale. C'est surtout le moment de respecter les frayères pour garantir les générations futures.

4) Conseils Pratiques et Éthique du Pêcheur
Pêcher la Jonte, c'est accepter un contrat de respect avec la nature.
- Discrétion : Portez des vêtements aux tons neutres. Sur cette rivière claire, le poisson vous voit bien avant que vous ne le voyiez.
- Sécurité : Les rochers des gorges sont glissants. Une paire de chaussures de wading avec des clous ou des semelles feutre est vivement recommandée.
- No-Kill : Bien que la réglementation autorise certains prélèvements, la pratique du "Prendre et Relâcher" est vivement encouragée pour préserver la souche sauvage exceptionnelle de cette rivière.
- Réglementation : La Jonte traverse plusieurs départements et zones spécifiques (parc national, réserves). Vérifiez toujours votre carte de pêche et les spécificités locales (tailles légales, quotas, zones sans ardillon).

SUIVEZ LE GUIDE

Pêcher la Jonte, joyau calcaire des Grands Causses, exige une polyvalence rare pour s'adapter à ses trois visages.

1. Meyrueis : La finesse en sèche
Ici, la rivière est accueillante mais exigeante.
Matériel : Canne de 8,6 à 9 pieds (soie 3 ou 4) pour des poses délicates.
Bas de ligne long (4,50 m) terminé par une pointe fine en 10/100.
Technique : Observez les ronds de gobage sur les lisses. La dérive doit être parfaite, sans dragage. Lancez en amont à 45° pour présenter la mouche (CDC ou éphémère) avant le fil.

2. Les Gorges : L'approche "Sioux"
Le terrain devient sauvage et accidenté, entre blocs géants et courants vifs.
Matériel : Priorité à la sécurité avec des chaussures "feutre" ou à clous tungstène.
Un "Chest Pack" libère vos mouvements.
Casting : Utilisez une canne ultra-léger (1,80 m) pour les cuillers 00
ou une canne de 10 pieds pour la nymphe au fil.
Technique : Remontez le courant face aux poissons en restant dissimulé derrière les rochers. La discrétion est vitale : portez des tons neutres. Si vous apercevez la truite, elle vous a probablement déjà repéré.

3. Le Rozier : La Précision pour l’Ombre
La vallée s'élargit, laissant place aux grands courants et aux Ombres Communs.
Matériel : Canne de 10 pieds (soie 4 ou 5) pour contrer le vent.
Pointe ultra-fine en 08/100 ou 09/100 en fluorocarbone.
Technique : La nymphe à vue est reine. Repérez les taches claires sur le fond.
L'Ombre exige une dérive chirurgicale, sans micro-accélérations.
En été, les imitations de fourmis sont redoutables sur les secteurs calmes.

Les Mouches Sèches
1. Le Cul de Canard (CDC) Naturel
Utilisation : Le "couteau suisse" pour les secteurs de Meyrueis.
Sa flottaison basse sur l'eau imite parfaitement une multitude d'insectes. En taille 16 ou 18, elle est redoutable sur les poissons éduqués des parcours No-Kill.

2. L'Oreille de Lièvre (Sèche)
Utilisation : Partout, surtout en début d'éclosion.
Ses poils hirsutes emprisonnent l'air et imitent une mouche en train d'émerger. C'est une mouche "tout-terrain" qui flotte très bien dans les petits courants.

3. La March Brown (Brune de Mars)
Utilisation : Début de saison (mars à mai).
Indispensable lors des premières grandes éclosions. Sa taille imposante (12 ou 14) permet de sélectionner les plus belles truites de la Jonte après l'hiver.

4. Le Sedge en chevreuil
Utilisation : Coups du soir et zones de courants rapides.
Ses poils de chevreuil le rendent insubmersible. Il est parfait pour "pêcher l'eau" dans les Gorges, là où une mouche fragile coulerait immédiatement.

5. La Fourmi Noire
Utilisation : Été (juillet - août) sur la basse vallée.
C'est le "bonbon" des Ombres communs. Quand rien ne semble les intéresser, une petite fourmi en taille 18 ou 20 posée avec délicatesse fait souvent la différence.

Les Nymphes
6. La Pheasant Tail (Queue de Faisan) à bille cuivre
Utilisation : Classique absolu pour la nymphe au fil.
Elle imite la majorité des larves d'éphémères.
Le lestage en cuivre est idéal pour les courants moyens du secteur amont.

7. La Nymphe Céramique (Coloris chocolat ou olive)
Utilisation : Courants puissants des Gorges.
Très dense et lisse, elle fend l'eau pour atteindre rapidement le fond, là où les truites se postent derrière les gros blocs rocheux.

8. L'Émergente de CDC (Corps jaune ou olive)
Utilisation : Quand les poissons gobent dans la pellicule.
Elle flotte à moitié immergée. C'est l'arme secrète pour les truites difficiles du Rozier qui refusent les mouches trop hautes sur l'eau.

Les Spéciales "Gros Poissons"
9. Le Scarabée (Terrestre en foam)
Utilisation : Sous les bordures boisées en plein après-midi.
Les truites attendent souvent qu'un insecte tombe des arbres. Le "ploc" caractéristique à l'impact peut déclencher l'attaque d'un gros spécimen.

10. Le Streamer "Muddler" (Petit modèle)
Utilisation : Fins de journées orageuses ou eaux légèrement teintées.
En pêchant les fosses profondes des Gorges, un petit streamer imitant un chabot ou un vairon peut décider une truite trophée qui ne se nourrit plus d'insectes.




 

JOUR DE PECHE

L’aube n’est pas tout à fait levée sur la Jonte ; elle infuse doucement à travers les brumes du Causse Noir, comme un thé léger que l’on aurait laissé reposer. Ce matin-là, l’air de Meyrueis possède cette odeur de pierre mouillée et de résine, cette signature olfactive des Cévennes qui promet, avant même le premier lancer, une journée gravée dans le marbre.

J’ai garé le vieux break sur un bas-côté herbeux, là où les gorges commencent à se resserrer, là où les parois de calcaire semblent vouloir emprisonner le courant. En sortant, le silence est total, seulement brisé par le murmure hypnotique de l’eau qui dévale les blocs de granit.

Pêcher la Jonte, c’est entrer en religion. On ne se précipite pas vers l’onde. On observe, on s’imprègne. J’ai pris le temps de monter ma canne, une 9 pieds pour soie de 3, un véritable fleuret de dentellière capable de poser une plume sur un miroir. Le bas de ligne, une longue tresse dégressive se terminant par une pointe de cristal en 10/100, est ma seule ligne de vie entre mon monde et celui des truites.

Le choix de la mouche est un dilemme délicat. Sur l’eau, quelques petits éphémères grisâtres dansent. J'opte pour une « Cul de Canard » gris perle, montée sur un hameçon de 18. Une minuscule touffe de plumes capable de flotter dans les bouillonnements les plus traîtres.
L’approche de sioux

Je descends vers le lit de la rivière en évitant de faire rouler le moindre caillou. Ici, la truite fario possède une vision panoramique et une paranoïa d’agent secret. L’eau est d’une clarté effrayante, une « eau de roche » qui ne pardonne aucune erreur de positionnement.

Le premier poste est un gourg magnifique : un bloc de calcaire dévie le courant principal, créant un amorti profond sur la droite. Une zone d’ombre où une belle zébrée peut attendre sa pitance sans dépenser d’énergie. Je m’agenouille dans les herbes hautes, le cœur battant. Un faux lancer, deux, puis le geste se libère. La mouche se pose trois mètres en amont. Elle dérive, naturelle, inerte.
Rien. Un deuxième passage, un peu plus près du rocher.
Rien encore.

Le baiser de la Jonte
C’est au troisième passage qu’une ombre crève la surface. Pas une attaque brutale, non. Un simple « gobage de nez », un petit cercle discret, presque poli. Un ferrage réflexe, tout en douceur, et la rivière explose.

La fario de la Jonte est une athlète. Elle n’a pas la graisse des poissons de bassin ; elle est faite de muscles et de colère. Elle cherche immédiatement le fond, tentant de sectionner le fil sur une arête rocheuse. Ma canne plie, encaissant chaque coup de tête. Après quelques minutes de ce corps-à-corps silencieux, elle glisse enfin dans l’épuisette.

C’est un joyau de 28 centimètres. Sa robe est un chef-d’œuvre : des flancs d’or pâle parsemés de points rouges cerclés de bleu. Je la maintiens face au courant pour la réoxygéner. D’un coup de queue puissant, elle disparaît, regagnant son royaume d’ombres.

La remontée des gorges
La journée se poursuit ainsi, de trou en trou. Chaque mètre gagné vers l'amont est une leçon d'humilité.
Le soleil passe au zénith, écrasant les reliefs. L'activité en surface s'arrête net. Il faut alors passer en « nymphe à vue ».
La technique devient chirurgicale. Il faut repérer une forme floue — une dérive de queue, un éclat blanc de mâchoire, et lancer une bille de tungstène de 2 mm avec une précision de sniper.
Je manque deux poissons par excès de précipitation, trahi par un pas trop lourd. La Jonte ne donne rien ; elle se laisse apprivoiser par ceux qui acceptent de se fondre dans le décor.

Vers 16 heures, au pied d’une falaise où nichent les vautours fauves, vers "Les Douzes" je pose ma canne. À cet instant, la pêche n’est plus qu’un prétexte. Je suis une composante du paysage, au même titre que le galet ou le martin-pêcheur qui vient de zébrer l’air d’un éclair bleu électrique.

Alors que l’ombre des falaises s’étire, les insectes ressortent.
C’est le « coup du soir ».
Sur un grand lisse, l'eau se met à bouillir. Je noue un sedge en poil de chevreuil. Le premier lancer est le bon. Une dérive active, quelques tressaillements imprimés par le scion, et une attaque d'une violence inouïe. Cette fois, c'est un mâle plus sombre, aux mâchoires crochues, un vieux guerrier qui me fait chanter le moulinet avant de se rendre.

Je rentre à la voiture à la lampe frontale, l'esprit d'une légèreté absolue. Pêcher la Jonte, c'est accepter de perdre la notion du temps. C'est un voyage où l'on part pour attraper une truite, et d'où l'on revient, Invariablement, en s'étant retrouvé avec soi-même.

 

Daniel LAURENT

- Moniteur Guide de Pêche Professionnel (promotion 1996).
- Brevet Professionnel (BP Jeps 2007) pêche de loisirs.
- Brevet Fédéral de la FFPC (Pêche au coup 2000)
- Maître auxiliaire référent, moniteur pêche « vie ville vacances » DDJS du Gard.
- Formateur des inspecteurs DDJS du Gard à la pêche à la mouche

- Responsable des actions pêche du centre aéré de la ville d’Alès
- Responsable de l'école de pêche d'Alès et vice président de l'AAPPMA.
- Maître référent des stages "pêche de loisirs" CREPS
- Membre du jury BPJeps de Marvejols
- Webmaster de la Fédération Française des Moniteur Guides de Pêche

- Rédacteur en chef de Pêche au Coup Magazine

Je n'exerce plus depuis 2012 et je me consacre à la rédaction d'ouvrages halieutiques
Pour me joindre : redacteur.peche@orange.fr.

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